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"Le Maître du Haut Château" de Philip K. Dick

Grosse déception pour mon premier K. Dick.

Cela faisait longtemps que je voulais me frotter à ce pilier de la SF, encensé de toutes parts. Pour découvrir l'auteur, j'ai donc jeté mon dévolu sur cette uchronie. D'une part parcequ'un ami me l'avait conseillé. D'autre part parceque j'avais bien aimé les quelques autres "fictions réalistes" que j'avais pu lire sur le nazismes, qu'elles soient également uchronique (Fatherland de Robert Harris) ou pseudo-biographiques (le glaçant La mort est mon métier de l'excellent Robert Merle, que je ne peux que recommander, ou l'intéressant La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt). Et bien, cette lecture ne fut pas du tout à la hauteur de mes attentes.

Le pitch est pourtant alléchant. Pour reprendre celui du Cafard Cosmique :

"En 1947 les alliés ont capitulés devant les forces de l’Axe. Hitler a imposé la tyrannie nazie à l’est des Etats-Unis, l’ouest ayant été attribué aux Japonais. Quelques années plus tard, dans la zone ouest, une rumeur commence à circuler : un auteur de science-fiction, qui vit isolé dans un château, aurait écrit un livre dans lequel il imagine que les Alliés aient remporté la victoire en 1945..."

Mais une base prometteuse ne garanti pas un développement intéressant, loin de là. Au début je me suis bien pris à découvrir les différents personnages, à me demander dans quels pétrins ils allaient se retrouver, comment leurs parcours allaient influencer celui des autres. Mais en fait, tout cela avance lentement et de manière confuse, avec peu de liens. Surtout, l'écriture m'a semblé passablement pesante, et le rythme inexistant. Le tout est régulièrement allourdi de considérations alambiquées sur le Yi King, qui tient une place importante dans le roman. Je n'ai rien contre le Yi King et suis même généralement plutôt bon client de mystique, mais là, la sauce n'a pas pris. Au final, je me suis ennuyé ferme, et ai eu le plus grand mal à aller au bout de ce roman, espérant un dénouement final qui sauverait l'ensemble. En vain - voir au contraire, la conclusion étant relativement déroutante.

Seul point d'intérêt à mes yeux, et pas des moindres je le concède : la mise en perspective avec notre monde réel. Le fameux Maître du Haut Château envisage le monde tel qu'il aurait pu (du ?) être après la victoire Alliée. Et ce monde est bien éloigné de celui que nous connaissons, nous lecteurs... Pourquoi le monde quasi-idéal qui nous est décrit n'est-il pas le nôtre ? Ce n'est pourtant pas une utopie, puisque cette uchronie dans l'uchronie s'appuie en partie sur des faits pourtant bien arrivés dans notre monde réel... Finalement, quelle différence entre la fiction uchronique qui nous lisons, l'uchronie s'apparentant à notre réalité qui y est décrite, et la réalité telle qu'elle nous est décrite dans notre vie de tous les jours ? Où est la réalité, la fiction dans tout cela ? On s'interroge sur notre histoire, nos régimes politiques, leurs parts de vérité et de mensonge. On remet un peu en question les visions convenues - après tout, l'histoire n'est-elle pas écrite par les vainqueurs ? Et cette expression n'implique-t-elle pas justement la réalité est en partie fictionnelle ? Que sais-je vraiment du monde dans lequel je vis ? Point de révisionisme ou de quelconque discours sulfureux ici, juste une intéressante mise en abîme.

Mais ce sain questionnement ne suffit pas à sauver le roman à mes yeux. En fait, c'est seulement une fois refermé que j'ai trouvé un peu d'intérêt à ce Maître du Haut Château, lorsque j'ai pu réfléchir un peu au sens de cette fiction - un sens malheureusement noyé dans le fatras mystique du Yi King. 

Bon, au final tout cela est une simple histoire de goûts. Je n'ai pas accroché, c'est tout. Je laisserai tout de même une seconde chance à cet auteur, probablement avec Ubik. On verra bien !

Tag(s) : #Bibliothèque, #SF, #Uchronie, #Critiques